17 ANS DANS LA FAMILLE DE KEREVER

En 1849, son père âgé de 59 ans, est ruiné. Ses 3 fils ont quitté St-Brieuc. Seules Marie, l’aînée et Zénaïde restent avec leur père. Marie songe à quitter son père. Zénaïde se résigne à le faire, pour pouvoir lui venir en aide. Malgré qu’il avait irrévocablement repoussé l’idée d’une séparation avec sa benjamine, il est sollicité par Etienne Guilloton de Keréver, sur recommandation de l’abbé de Brémoy son beau-frère, pour que Zénaïde puissent s’occuper de l’éducation de ses trois filles (Marie, Alix et Claire), comme préceptrice (ou « bonne d’école » selon les paysans).

Au mois de septembre 1849, Zénaïde s’installe à Château-Billy, résidence d’été de M. de Keréver près de St Brieuc et à Ploufragan l’hiver.

Deux mois après son départ de chez son père, celui-ci mourrait après une très courte maladie le 9 novembre 1849. Il laissait quelques dettes. Pour les éteindre, elle décida d’écrire. Au départ ses travaux littéraires, bien que faiblement rémunérés, lui permettront d’ôter à sa famille une préoccupation trop lourde pour elle.

Elle y restera 17 ans jusqu’en 1864. Durant toute cette période, elle fut traitée en parente et amie bien chère. Alix et Claire la considéraient comme une grande sœur. Ils l’appelaient « notre chère Zaza ».Les relations avec l’aînée Marie posaient semble-t-il quelques problèmes.

Presqu’ aussitôt arrivée à Château-Billy, elle commence à écrire le soir lorsque les enfants sont couchés et que les parents jouent aux cartes. Au départ l’écriture n’était pour elle qu’une distraction.

En 1857, elle eut une petite ambition, elle envoya à Lyon une nouvelle intitulée, « La fontaine du Moine Rouge » pour un concours proposé par la France littéraire dirigé par M. Adrien Péladan. Elle remporta le 1er prix et s’empressa d’écrire à M. Péladan pour le prier de ne pas dévoiler son nom.

Voulant en finir au plus vite avec ses dettes, Zénaïde Fleuriot s’est privée de toutes les joies que peuvent espérer toutes jeunes filles de son âge : pas de toilettes, pas de sorties dispendieuses, pas de flirt. Elle gardera d’ailleurs toute sa vie cette allure de « bonne d’école » qu’elle s’était imposée.

Au concours suivant de la France littéraire, elle envoya 2 pièces de vers qui obtinrent encore le 1er prix, et une nouvelle en prose intitulée « Une heure d’entraînement », également couronnée, et qui paraîtra dans la revue lyonnaise sous le pseudonyme d’« Anna Edianez de Langle » (en référence probablement à Fleuriot de Langle commandant l'Astrolabe dans l'expédition La Pérouse). Elle écrira également sous un autre pseudonyme « Anna Edianez de Saint-B. » (Saint-Brieuc, sans doute).

A 28 ans : « Si j’écris pour me distraire, je ne veux pas me poser en femme auteur. Mme de Keréver assure que c’est pour ne pas éloigner les prétendants ; j’en ris, mais ne puis lui accorder cela, d’autant moins que j’allie mes goûts littéraires des goûts de ménage qui sont souvent plus utiles ».

14 septembre 1858 : La femme de son frère François, Jenny décède à l’âge de 27 ans, 17 mois après leur mariage. Entre-temps elle avait donné naissance à un garçon Francis (Francis-Kérinou). Un grand chagrin supplémentaire pour Zénaïde.

En 1859, elle publie son premier ouvrage, recueil de nouvelles, « Souvenirs d’une Douairière » auprès de M. Amboise Bray, éditeur catholique. Ce livre est dédié « A ses sœurs d’affection, Marie, Alix, Claire et Louise de Keréver »

Très vite elle (encore sous le nom d’Anna Edianez) sollicite les critiques et les conseils de M. Alfred Nettement, député du Morbihan, directeur de « l’Opinion Publique » et de la « Semaine des Familles ». Dès le mois d’août 1859, elle fit son entrée à la « Semaine des Familles » avec un court roman « Projets d’avenir », premier maillon d’une chaîne non interrompue qu’elle y publia jusqu’à sa mort en 1890.

12 février 1867, à la suite d’une épidémie de choléra en Bretagne, Mlle Alix de Keréver en fut l’une des victimes. C’était sa meilleure amie et elle fut plongée dans un profond accablement (« le chagrin que j’ai éprouvé pèsera certainement sur ma vie entière : je m’y attends ; mais ce sont ces chagrins-là qui sont méritoires devant Dieu »). Ses amis craignirent pour sa santé et lui conseillèrent de voyager. Elle confie son neveu Francis à sa sœur Marie.

15 jours après, Madame de Keréver succombe du même mal.

5 juin 1867 : Elle exprime le désir de faire une retraite dans la communauté des Auxiliatrices des âmes du Purgatoire à Paris, pour y recommander sa chère Alix à leurs prières.