ZENAIDE A PARIS

Septembre 1860, elle fit un long séjour à Paris où elle fut reçue dans les familles Nettement, Lecoffre (rue Bonaparte), Bray, … Ce milieu artistique et littéraire lui plaisait beaucoup. Elle fit également la connaissance du peintre Yan d’Argent qui fit d’elle un joli pastel.

Début 1861, elle visite Paris (La Madeleine, la Bourse – une foire où l’on gesticule -, St Germain l’Auxerrois, Notre Dame des Victoires, …). Elle, qui n’avait connu que la campagne bretonne, trouva Paris assez maussade et même déprimant : « étourdissant, extravagant, ridicule » sont les épithètes qui reviennent souvent sous sa plume.

Début 1862, Zénaïde Fleuriot avait conquis, grâce à ses travaux littéraires, une indépendance matérielle relative. Le premier argent, fruit de son travail, fut employé à payer les dettes de son père.

Ce fut une grande joie pour elle de pouvoir envoyer une petite somme d’argent à son frère Jean-Marie en guerre en Algérie, argent qu’il n’a pu toucher puisqu’il mourra le 14 juin 1862 au champ d’honneur. La nouvelle l’accabla à tel point qu’elle fut incapable de reprendre la plume jusqu’à la fin de l’année.

De 1862 à 1864, elle reprit sa plume, publie une dizaine de romans et est amenée à monter régulièrement à Paris rencontrer notamment M. Alfred Nettement et M. Jacques Lecoffre éditeur de la « Semaine », chez qui elle était hébergée rue Bonaparte.

Le 15 janvier 1866, mourrait M. Jacques Lecoffre, l’intègre et puissant éditeur catholique. Zénaïde en éprouva un profond chagrin.

Fin 1866, Zénaïde Fleuriot est désormais chargée de surveiller l’éducation de son neveu Francis (Francis Fleuriot-Kérinou) et s’installa à St-Brieuc.

Le 21 juin 1867, elle part pour Rome. Elle lia une étroite amitié avec la princesse de Sayn-Wittgenstein, elle-même écrivain éminent. Elles entretiendront des correspondances pendant 20 ans jusqu’à la mort de la princesse. L’impression laissée par ce voyage fut telle qu’elle songea à prendre le voile.

Elle est photographiée par NADAR en 1867 « Nadar, il est vrai m’a parfaitement réussi ».

12 décembre 1867 : « Les mariages dont on me parle ne me conviennent pas. En ce moment on me propose un gentilhomme pauvre, encore assez jeune, officier de marine ».

10 février 1868 : Un an après la mort d’Alix, elle part à Paris où elle séjourne dans une chambre à l’Abbaye-aux-Bois, couvent de femmes fondé rue de Sèvres en 1640 et démoli en 1907. Elle y a une cellule au dessus de l’appartement qu’habitait Mme Récamier (Amie de Mme de Staël et de Chateaubriand) qui y tenait salon sous la Restauration de 1819 à 1849.

29 octobre 1868, Zénaïde Fleuriot s’installe définitivement à Paris, non pas pour se rapprocher essentiellement du monde des lettres, mais surtout pour y vivre de la vie religieuse, pour résoudre, dans le calme d’une retraite, la grave question de son avenir.

30 octobre 1868 : visite au Révérend Père Olivaint, au Gesù de la rue de Sèvres, le prudent guide de sa retraite du mois d’août 1867.

2 novembre 1868 : début de sa retraite. Elle décide de vivre dans la vie contemplative et s’essayera aux bonnes œuvres, se dévouera aux pauvres et à ceux qui souffrent.

7 novembre 1868 : le révérend Père Olivaint lui conseille d’aborder franchement la voie des préceptes sans pourtant s’engager dans la vie religieuse en lui disant qu’elle fera en même temps du bien à ses 500 000 lecteurs.

Après une retraite chez les religieuses Auxiliatrices du Purgatoire, rue de la Barouillère, elle écrivait sur son cahier de notes intimes, à Paris le 10 novembre 1868 :

« … je ne suis pas mariée parce que Dieu ne l’a pas voulu. Un seul projet de ce genre m’avait ébranlée. Le jour où j’avais écrit un oui formel, celui qui devait m’épouser mourait subitement ».

« …je désire me rapprocher de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vivant habituellement avec lui. Pour cela, je me fixerai à Paris, dans une retraite relative ; … »

« …je conserverai mes vêtements de deuil, …)

2 avril 1869 : elle assiste à une séance du Corps législatif. Elle y a entendu M. Thiers (il deviendra président de la République en août 1871 et sera renversé par une coalition des partis monarchiste et conservateur le 24 mai 1873), M. Rouher (il fut le véritable chef du parti bonapartiste), et aussi de légers rugissements poussés par le puissant Jules Favre (il négociera avec Bismarck l’armistice du 28 janvier 1871 et le traité de Francfort le 10 mai), qui a l’air d’un sanglier, selon sa description. « Ah ! quelle désillusion ! qu’il y en a de vindicatifs, d’emportés, de ridicules…. »

24 novembre 1869 : Mort de son excellent ami Nettement : « il avait été un père pour moi ».

Février/Mars/avril 1870 : 2 mois de séjour à Rome

Elle loue un appartement dans les bâtiments attenants à la communauté des religieuses des Auxiliatrices, 116 rue du Cherche-Midi ; pour entrer en retraite, c'est-à-dire dans le silence absolu ; elle y habitera jusqu’à sa mort. De sa fenêtre, elle voit des lierres traînants et grimpants. Les oiseaux se baignent sous ses yeux, dans un charmant bassin ovale, dont une enfantine nymphe en bronze occupe le centre. Elle a une terrasse ombragée.

6 mai 1870 : Les bombes sont le fond général des conversations. La peur est en hausse.

12 août 1870 : Allusions sur la montée de la guerre contre les prussiens.

23 septembre 1870 : Siège de Paris ; les lettres partent vers la province en ballons ou par pigeons voyageurs. Les ennemis chassent rapidement les pigeons à l’aide d’avides éperviers.

10 janvier 1871 : A cause des obus qui tombent dans le quartier, elle s’installe au rez-de-chaussée, calfeutre les fenêtres avec des matelas et « dors sous la garde de Dieu ».

24 mai 1871 : Mort du Révérend Père Olivaint, fusillé et massacré pendant les sanglantes horreurs de la Commune de Paris (tuerie de la rue Haxo). Zénaïde Fleuriot le pleura amèrement.

Fin Octobre 1871 : Ouverture de l’Ecole professionnelle dans un atelier du 116 de la rue du Cherche-Midi avec 25 élèves (modistes, couturières, broderies, tapisseries, lingerie, fleurs artificielles, dessein, peinture sur porcelaine, langues pour certaines) de 12 à 14 ans recrutées dans le quartier parmi des jeunes filles oisives. Elle assurait principalement la surveillance : Grâce à elle, on peut dire que les conversations malsaines, ou même simplement frivoles, étaient inconnues à l’Ecole. Elle cherchait à insuffler dans toutes les âmes neuves la pure foi chrétienne, les idées saines et élevées qui remplissaient la sienne.

2 Novembre 1871 : elle s’installe dans un nouvel appartement au premier étage d’une maison neuve, au-dessus des salons de vente, qu’elle meuble confortablement (majestueux bureau d’acajou).

Le 8 mai 1872 : Sa mère décède

Le 12 août 1872 : Une fois l’œuvre vraiment fondée, elle adresse une supplique à sa Sainteté Pie IX pour faire descendre sur elle la Bénédiction de Dieu.

Vers le 19 août 1872 : Premier séjour à Locmariaquer (Locmariaker : le lieu de Marie du pays de Kaër) dans une chambre avec vue sur mer où elle retrouve sa belle-sœur et ses 5 enfants.

30 décembre 1872, à la suite de son envoi au Pape de son dernier ouvrage « Notre capitale Rome », elle reçoit une lettre de Sa Sainteté Pie IX, dont voici quelques lignes :

« Ce que des hommes de grand mérite n’ont pas jugé indigne d’eux, les uns, de composer parfois des récits de faits imaginaires, les autres de donner à des histoires véritables l’attrait de la fiction, dans le but d’éloigner par là les hommes de la lecture des livres impie et de jeter dans leur cœur, en quelque sorte à leur insu, des semences de piété… »

En 1873 (lettre de M. Templier du 28 janvier 1873), elle entre dans la maison Hachette par l’intermédiaire du « Journal de la Jeunesse » et fut couronnée par l’Académie Française (séance du 28 août 1873) pour son ouvrage Aigle et Colombe. Elle s’est vue attribuer un prix de 1500 francs.

De 1874 à 1878, elle est nommée directrice de la « Semaine des Familles » par M. Lecoffre fils. Dévorée par le travail administratif à heures fixes, d’un commun accord M. Lecoffre redevint directeur.

Début juin 1886 : sa sœur Marie décède à l’hôpital des sœurs Augustines d’Auray. Plus tard si Dieu me prête vie, Marie viendra à Locmariaker, ainsi que Maman, et j’irai les rejoindre à mon heure.

Le 8 mars 1887 mourrait la princesse de Sayn-Wittgenstein. La princesse était, pour Zénaïde, un critique incomparable, dont l’affectueuse bienveillance rendait tout acceptable : cette mort lui fut une grande épreuve, sans compensation possible.

En 1887, une affection au cœur s’est déclarée. Ses neveux suivaient leur carrière, grâce à l’inépuisable générosité de la bonne tante ; ils ne l’entouraient donc plus.

Début Octobre 1890 : à son retour de Locmariaker, Zénaïde s’installa d’abord dans son petit ermitage de Clamart, d’où le froid la chassa bientôt.

Le 18 décembre 1890, malgré le froid intense, elle passa une partie de la journée à faire des démarches pour venir en aide à une ancienne élève de l’Ecole Professionnelle, qui, mal mariée, courait de grands dangers pour son âme.

Le 19 décembre 1890, elle décède d’une congestion à Paris et se fait inhumer dans le petit cimetière de Locmariaquer.

On peut dire qu’elle est morte la plume à la main. Chargée de chronique hebdomadaire de la Semaine des Familles qu’elle signait Zig Zag, le dernier article, daté du 27 décembre 1890, n’arriva pas jusqu’au journal..