SES OBSEQUES

Les obsèques de Zénaïde Fleuriot à Paris furent célébrés selon ses désirs : simples, silencieuses, respectueuses. Le curé de la Paroisse Saint-François Xavier fit la levée du corps, et M. l’abbé Fonssagrives, aumônier du Cercle Catholique du Luxembourg, donna l’absoute.

Dans l’assistance choisie qui s’était rendue à la cérémonie, on remarquait nombre de notabilités des lettres et des arts et beaucoup d’ecclésiastiques.

En quittant l’église, le cortège se dirigea vers la gare Montparnasse. Il suivait le blanc corbillard, à l’arrière duquel s’étalait la couronne de roses thé et de violettes, offerte par M. René Fouret, directeur du Journal de la Jeunesse.

En arrivant à la gare, le cercueil, recouvert de blanches draperies, ayant été placé sur un wagon, deux discours furent prononcés.

Peu d’heures après, le train s’ébranlait, emportant sous la garde de ses neveux, la fidèle bretonne au lieu de son repos.

A Locmariaker, chacun la reçu avec de l’affection et des larmes ; la mer elle-même lui fit fête. Lorsque le convoi arriva, elle battait le plein, se soulevant avec majesté, comme la chère morte se plaisait tant à l’admirer.

Huit marins des plus solides demandèrent à porter le cercueil. Elle avait depuis longtemps choisi sa place au sommet du pittoresque cimetière. En creusant le terrain, on trouva du roc, sans doute un peu friable, mais le roc.

Un forgeron du bourg dit alors : « Pour Mlle Fleuriot, j’irai creuser moi-même ». Il fit un instrument qu’il trempa d’une façon spéciale, afin de le rendre plus résistant, et s’en vint travailler. D’autres habitants de la commune se proposèrent pour le seconder ; et chacun y apportant le tribut de son adresse et de sa force, la fosse pu enfin recevoir le cercueil.

Le lendemain, le service funèbre eut lieu. Tous eurent peine à trouver place dans cette humble église où, tant de fois, Zénaïde était venue puiser la paix et la consolation.

Un an après, Francis l’aîné de ses neveux, après avoir fait placer près de son cercueil, celui de sa mère et de sa sœur Marie, ainsi qu’elle en avait exprimé le désir, y éleva un monument symbolique (1). Il se compose de trois sarcophages crucifères recouvrant les trois tombes et taillées dans le granit, entourés de bornes non taillées, également en granit, et reliées par des chaînes de fer. Ces bornes ressemblent assez aux « Auray » qui servaient sur les quais pour amarrer les bateaux. On leur a donné ce nom d’Auray parce que c’est dans cette ville, dit-on, qu’on en fit le premier usage.

Le sarcophage du milieu se termine par un menhir brut, assez élevé et creusé de façon à abriter un crucifix. Au dessous de l’un des bras du Christ, on a sculpté dans la pierre le nom de « Zénaïde », et au dessous de l’autre, celui de « Fleuriot », dont les lettres sont disposées verticalement. Au pied du crucifix on voit un petit banc de granit, et sur ce banc, un livre ouvert et une plume abandonnée. Le bas de la pierre a été ciselé de manière à figurer un lierre grimpant (Le lierre est à la fois symbole d'éternité et d'attachement).

Sur le Mémento de la chère défunte, au dessus de sa photographie parfaitement ressemblante, comme expression et comme traits, on lisait : « Zénaïde Fleuriot décédée pieusement à Paris, le 19 décembre 1890 » - Au dessus du cadre dessiné, une croix, une plume sur un livre (symbole de sa vie d'écrivain), une banderole avec ces paroles : Crediti propter quod locutus sum, « j’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ». Au verso de l’image, étaient inscrites des sentences de Saint François de Sales. Cette banderole n'existe plus aujourd'hui.

(1) Les trois départements de Basse-Bretagne lui ont ainsi rendu hommage puisque le monument est à Locmariaquer (Morbihan), le sculpteur – Hernot – de Lannion (Côtes-du-Nord) suivant les plans de l’architecte diocésain – Rapine – de Quimper (Finistère).