Zénaïde Fleuriot

Thèmes développés dans ses livres, qui font ressortir ses modes de pensées, ses opinions, ses valeurs et le style de son oeuvre

« Partout et toujours Mlle Zénaïde Fleuriot regarde la vie réelle du haut de l’idéal chrétien »

« Bretonne et chrétienne, elle a étudié l’humanité comme la nature dans sa province natale. Elle a vécu dans cette atmosphère de foi, d’honneur et de probité antiques, et l’on retrouve dans ses compositions comme un reflet de ces vertus morales qu’elle a eues sous les yeux depuis son enfance »

« Si Zénaïde Fleuriot s’était fait le champion de la bonne cause, Dieu, comme elle le dit plus tard, la soulevait dans ses mains et bénissait son œuvre ».

« Les vingt dernières années de sa vie sont consacrées au double apostolat de la plume et du dévouement à la jeunesse ouvrière ».

" Son oeuvre est d'envergure puisqu'elle se compose de 83 romans, écrits pour la Jeunesse. Il ne suffit pas d'être bon écrivain pour conquérir un jeune public, il faut encore avoir le don, et ce don elle l'avait, sans aucun doute. Si le cadre de son oeuvre est un peu démodé, une grande partie reste vivante car elle s'appuie sur le réel : spectacle d'enfants et d'adolescents, peintures de caractères. ..
Cette "bruyère de Bretagne" (comme l'appelait son amie la princesse de Sayn Wittgenstein) sait capter l'attention par son style clair, alerte et naturel. Ses récits portent l'empreinte de son éducation, de sa vie et de son époque fertile en évènements politiques et religieux"

« Mes ouvrages sont un fidèle écho de moi-même »

L'Encyclopédie Catholique, Volume VI
© 1909 de copyright par Robert Appleton Company
© en ligne 2003 de copyright d'édition par K. Knight
Nihil Obstat, Septembre 1, 1909. Remy Lafort, Censeur
Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop de New York

Sa vision de l’écriture, les mauvais livres, les bons livres :

« L’art s’arrête dès qu’on se croit le droit de tout dire, et qu’il n’est point si aisé qu’on l’imagine de rendre intéressante une œuvre qui peut être mise dans toutes les mains, et franchir les seuils les plus sévères ».

Les mauvais livres apparaissent de manière récurrente dans nombre de ses romans.

Extrait de « Papillonne » (1892) page 84 :

« - …, il y a parmi mes ouvrières, des femmes qui ont eu des histoires épouvantables, à mettre dans les romans de Zola. Connaissez-vous les livres de Zola ? »

Extrait de « L’héritier de Kerguignon » (1883) p. 246 : « … il y a eu un temps où les femmes ne se ressentaient que trop des idées de Mr Arouet, dit de Voltaire, cet homme sans âme ni cœur que je déteste cordialement, malgré tout son esprit, depuis que j’ai lu sa correspondance ».

Zénaïde Fleuriot, ses influences :

Dans son caractère, on retrouve celui de son père. Elle avait lu tout enfant le récit de la vie de son père (éducation par un oncle prête, son engagement dans la religion, sa haine de la Révolution, son attachement à la monarchie, …). Elle en avait été exaltée et fait pour elle de son père un type idéal à imiter.

Extrait de « Loyauté » (1889) page 112 : « j’ai reconnu, les maîtres se reconnaissent bien vite, Walter Scott, ce génie méconnu des pitoyables et lugubres romanciers du siècle ».

Ses envolées lyriques :

Les premières lignes de ses romans qui « plantent le décor » sont empruntes d’envolées lyriques. Voici quelques exemples :

Extrait de « la Clé d’Or » (les premières lignes) :

« Ils étaient voisins, lui, austère, ridé, séculaire, elle riante, fraîche, toute jeune. On aurait dit un vieillard debout et regardant, pour la protéger, une enfant assise à ses pieds, ou bien encore un chêne antique étendant l’ombre de ses rameaux puissants sur la fleur éclose dans la mousse »

Extrait de « Marga » (les premières lignes) :

« Le matin chante son hymme au Créateur : comme sa voix est mélodieuse et fraîche ! quels doux et pénétrants accents vous avez, rosées brillantes, premiers souffles, premières clartés, air limpide, murmures voilés ! »

Zénaïde Fleuriot, sa vision de l’éducation, ses conseils :

Extrait de « Armelle Trahec » (1874) en page 40 :

« Tu dois faire donner à ton fils l’instruction religieuse qui en fera un chrétien, c’est-à-dire un homme capable de lutter contre ses passions, et l’instruction universitaire qui en fera un homme utile à son pays. L’égoïsme moderne des femmes devient un véritable fléau ; de notre temps, l’enfant est un jouet ou une idole, et, ceux qui s’occupent des maladies morales de leur siècle seront bientôt obligés de ranger parmi les réformes urgentes l’éducation donnée au foyer domestique. Oui il faudra porter le scalpel sur le plus admirable et le plus profond des sentiments d’un cœur créé : l’amour maternel. »

Extrait de « Cœur muet » (1889) page 57 : « … j’ai toujours reconnu qu’il est fatal de braver l’opinion d’une famille ».

Ses références littéraires :

Très souvent elle cite dans ses romans Walter Scott qu’elle a beaucoup lu pendant son enfance.

Un certain manque de confiance en elle :

J.M. Fleuriot son père fut le premier juge des ses écrits.

…on la vit se mettre sérieusement à l’œuvre, mais en doutant toujours d’elle-même. (1857)

Elle avait besoin de conseils, d’être rassurée :

« M. Lecoffre était pour moi un appui, un conseil ».

Elle soumettait ses ouvrages à M. René Fouret, directeur du Journal de la Jeunesse, à son amie la princesse Wittgenstein qui lui fait de nombreux éloges et parfois lui donne quelques conseils

« Chère Princesse, vous êtes le plus clairvoyant des critiques ? »

La princesse Wittgenstein : « Voilà que Zénaïde commence à écrire pour des femmes sérieuses, et ces œuvres-là ne laisseront pas d’instruire et d’élever les jeunes filles. »

Mais malgré tout, un certain orgueil, voire une certaine suffisance :

Dans ses correspondances :

« … les livres pour lesquels je reçois des coups d’encensoir et des visites de personnages illustres.

… moi catholique, j’aurais voulu écrire un livre solide dont la valeur ne fût contestée par personne.

… les bourgeois ont dédaigné Faraude ; mes amies, les Comtesses, l’ont aimée ; mon public populaire l’a accueillie avec transport.

Je ne reçois que des louanges pour mes livres. »

Extrait de « Sous le joug » page 29 :

« … dans les races déchues, il y a une passion qui persiste, c’est l’orgueil. … on dirait la protestation du sang qui ne veut pas déchoir. »

Une galerie de portraits :

Sa manière de donner des traits de caractères d’un être humain ou de faire le rapprochement avec la profession de la personne à partir de son physique :

Extrait de « Plus tard ou le jeune chef de famille » (page 16) à propos de Marthe :

« … de ces grands yeux là, il ne jaillissait pas d’éclairs … ce long, très long regard qui est le rayonnement extérieur d’un être intelligent et calme, d’une âme qui se possède et qui ne subit pas les remous violents infligés aux âmes passionnées. »

Extrait de « Plus tard ou le jeune chef de famille » (page 16) à propos de Mme Guerblier :

« … d’une rare beauté malgré sa morbidesse … d’une santé déjà compromise par une de ces vies mondaines qui dévorent les êtres tout vivants. Les saintes et inévitables fatigues de la maternité avaient donné le coup de grâce à cette fraîcheur … déjà ternie par tant de veilles et, ce que les vraies mères portent comme une auréole de gloire, la coquette la cacha sous un éternel demi-jour. »

Extrait de « La vie en famille » (page 90) :

« Un homme, petit, maigre, cravaté de blanc, au teint de parchemin, se présente avec un agréable sourire qui fait partir un réseau de rides de chaque coin de ses lèvres. Dans sa tenue, dans son regard clignotant, et enfin dans la forme de la mèche grisonnante qui retombe comme une virgule sur son front plat, on devine l’homme d’affaires ou de bureau ; on dirait qu’il sent le papier timbré.

Il y a des hommes qui ne sont pas seulement des hommes, mais qui s’identifient tellement à leur profession, qu’ils sont avant tout ou médecins, ou professeurs, ou militaires.

Celui-ci était notaire, maire de Ploërnac, … C’était un aimable vieux garçon, passablement égoïste, mais ayant de bons mouvements ; d’ailleurs riche et honoré par tout le monde. Son entrée fit sensation, car il se dérangeait rarement et ne mettait rarement les pieds hors de la ville. »

Ses rapports à l’argent :

Elle a beaucoup aidé sa famille (son père et ses neveux)

« Ce sera toujours des ports de lettre économisés, il nous faut y regarder de si près !... »

A propos de la future femme de son frère François « la jeune fille qu’on lui présente a une dot fort ronde ».

« A Paris je dépense un argent fou, … plus tard je reprendrai mon système d’économie ».

« …un voyage (à Rome) si coûteux qu’il m’a fallu vendre la propriété de quatre de mes ouvrages … »

« J’aimerais à ouvrir les mains très grandes, si j’étais un peu riche. Mais hélas ! Avec tant de charges, je ne le serai jamais. »

La maladie et la mort de tante Marie m’ont fait drainer l’argent chez mes éditeurs

Mes charités coûtent un peu cher cette année à ma pauvre bourse aplatie, mais je me heurte à de tels cœurs de pierre que j’y vais de mon argent.

Extrait de « L’héritier de Kerguignon » , la tante à son neveu Cadok : « Evidemment tu es épris, épris de quelque beauté superbe qui n’a ni sou, ni maille ».

Extrait de « Désertion » page 95 : « … mais Lucien n’est pas homme à épouser une fille sans dot ».

Zénaïde Fleuriot et la charité :

Extrait de « Sous le joug » (1883), pages 158 et suivantes :

A propos du Marquis de Locgaël au bénéfice d’une veuve, « Il a payé le loyer de deux années et donné une vache. Moi, j’habille les enfants de mon mieux ; mais il m’en coûte de vêtir ces petites filles avec ces étoffes de luxe qui ne durent pas et aussi d’habituer ces petits corps à la délicatesse du linge fin. Je préférerais de beaucoup leur acheter de solides étoffes qui dureraient et les préserveraient du froid. »

« … ma tante Eté enverra demain les fruits destinés aux confitures du Presbytère, c’est-à-dire des pauvres. »

« Un recteur touche 900 francs par an, un peu moins qu’un garçon de recette ou qu’un conducteur d’omnibus, il a souvent une famille à soutenir, toujours une hospitalité chrétienne à exercer à l’égard de ses confrères et toujours aussi sa famille en Jésus Christ, les pauvres, dont il est le suprême soutien.

Il y a des aumônes qui n’humilient pas celles que l’on va demander aux ministres de Jésus Christ, sont de ce nombre, et on aura beau dire et beau faire , il n’y a pas de charité officielle qui vaille la charité de celui dont la vie est consacrée au Dieu de Bethléem. »

La Bourse :

Extrait de « Sous le joug » (1883) page 260 : Au travers de ses personnages, elle décrit la Bourse « … la place où se dresse le temple aux cent colonnes…le temps de regarder la physionomie du péristyle et de l’escalier…dévorant des yeux la fourmilière humaine qui se pressait sous le péristyle et sur les degrés du temple de l’or… on vous croirait arrêtée devant une cage pleine de fauves…Quel vacarme !;;;Entendez-vous ces cris ? C’est effrayant…on dépouille les gens, voilà tout… »

De nombreuses allusions aux mauvais livres et aux effets néfastes de la vie en ville :

Certains douaniers beaux esprits, « gâtés par le mauvais journal de Nantes »

Extrait de « Papillonne » en page 35 (BJ) : « il y a de mes ouvrières qui se rendent malades en lisant Zola, Daudet, Maupassant et bien d’autres. Moi, j’aime mieux le théâtre … »

Extrait de « Sous le joug » page 30 : « tu habites cette poudrière qui s’appelle Paris. Prends garde, c’est une ville fatale pour beaucoup. »

Des expressions particulières voire singulières ou tout simplement d’époque :

Elle travaille comme un nègre

Les « sans mouchoirs »

La munificence (générosité)

Avoir député une personne à cette fenêtre (au sens d’envoyer)

Je me déguignonnais du coup (guignon ou guigne : malchance persistante) et « désenguignonnés »

« elle m’a fait tant endêver depuis ce matin … » (mettre en colère).

De nombreuses références à l’aristocratie à laquelle elle s’assimilait :

« Lorsque je ne comptais encore que quinze printemps, voici comment, à la campagne, on me souhaitait la bonne année. A l’aurore, la porte de ma chambre s’ouvrait brusquement ; les gens de la ferme apparaissaient à la queue leu leu ; et les bons hommes et bonnes femmes, et vachères et pâtours, m’embrassaient sur les deux oreilles ; tout le temps que durait ce souhait : « Mamzelle, je vous souhaite bonne année, bonne santé, et le paradis à la fin de vos jours, quand vous aurez vécu assez ». J’admire ces simplicités à peine croyables ; les souvenirs de ces bons vieux temps me reviennent aujourd’hui (1 er janvier 1878). »

« Mais voyez-vous, je ne suis faite que pour des Altesses, miracles de bonté et d’intelligence, ou de saintes et grandes dames qui me témoignent une sympathie vraie, dont je suis touchée. La fierté s’accommode toujours de la grandeur bien portée. Je n’ai jamais connu l’envie, mais je me cabrerais volontiers devant un titre porté par un être sans valeur, et réclamant des flatteries. Non seulement je n’ai pas trouvé la couronne de la princesse ***, dans mon berceau, mais ses roubles n’y étaient pas non plus. »

Extrait de « Sous le joug » (1883) page 143 : « … avec tous ses instincts d’amazone, elle était avant tout jeune fille de haute race, et elle savait faire plier ses goûts devant les délicatesses de ses sentiments et les exigences de sa position. ».

Zénaïde Fleuriot, les autres, les humbles, les étrangers :

La classe ouvrière se déchristianisant de jour en jour par la lecture de mauvais journaux et des mauvais livres, ni prêtres, ni religieuses, ni chrétiens dévoués ne peuvent désormais approcher de ces incrédules, si on ne parvient à les grouper.

« J’entends la messe (à Plouaret) en compagnie de deux ou trois décrépits qui ont l’air d’avoir passé cent ans, et de deux idiotes, qui disent tout haut leurs prières à celui qui ne repousse personne »

« La franc-maçonnerie et l’athéisme ont créé à Paris beaucoup d’Ecoles professionnelles où s’enseigne « cette morale sans dogme » qui a été appelée avec raison : « une justice sans tribunaux »

« Dans leur implacable haine de Dieu, les libres penseurs redoublent leurs efforts ; ils s’en vantent, du reste, franchement : Ferry n’a-t-il pas dit, dans une conférence faite, en avril 1870, à la société d’instruction élémentaire : « celui qui tient la femme, tient tout : l’enfant et même le mari. C’est pour cela que l’Eglise veut retenir la femme, c’est pour cela aussi qu’il faut que la démocratie choisisse, sous peine de mort, et que la femme appartienne à la Science ou à l’Eglise ».

« Mais les catholiques ont serré les rangs ; et pour répondre à cette provocation, nous appelons à nous toutes ces pauvres déshéritées dont nous tâcherons de faire de solides chrétiennes, de bonnes mères de familles et d’habiles ouvrières ».

Extrait de « La petite duchesse » (1876) :

Elle décrit des enfants se mouchant avec leurs manches de « sans-mouchoirs ».

De l’institutrice de village « L’humble institutrice de village était instruite à sa manière, et Alberte, comme tous les esprits un peu élevés, s’arrangeait fort bien de la rusticité du petit peuple de l’école »

Extrait de « le clan des têtes chaudes » (1887) pp ; 195 et 198 :

« …quand je ne suis pas là, les lavandières donnent plus de coups de langue que de coups de battoires » … elle tomba comme une bombe sur ses lavandières, occupées à bavarder et qui a sa vue se précipitèrent vers la boîte qui préservait leurs genoux du contact de l’eau.

Extrait de « Cadok » (1882) : Elle juge les petits pauvres plus intelligents lorsqu’ils ne sont pas gâtés par un vernis du savoir : « l’homme n’a pas besoin d’instruction pour comprendre l’admirable enchaînement et la suprême logique des enseignements religieux, pour connaître en gros l’histoire du monde ».

Extrait de « Un fruit sec » (1877) page 218 : « …et si je n’avais que des gens du pays, l’entreprise marcherait toute seule. Malheureusement, pour certains travaux, il me faut des ouvriers particuliers empruntés aux grandes villes : ceux-là sont terribles à gouverner. L’insubordination entre dans leurs habitudes ; et, l’intérêt d’argent étant leur seul mobile, je ne puis retarder leur paye d’un jour sans qu’ils menacent. Oh ! Cette plèbe insolente et dépravée est bien laide à voir de près. … »

Extrait de « La vie en famille » (pages 60, 61 et 62) :

« Endimanchés, les paysans perdent toute leur aisance, Perrine, dans ses habits de travail, était une belle fille de mine avenante ; mais, ce jour-là, elle ne paraissait pas à son avantage. Ses lourds vêtements de drap l’épaississaient et sa coiffe de mousseline était trop transparente pour son teint doré. Elle était là, tordant ses grosses mains rouges et durcies et ne sachant trop quelle contenance prendre. Mathurin, un vigoureux garçon bien planté, si alerte de tournure, était d’une incroyable gaucherie avec son collet de chemise empesé et montant, son habit à larges basques lui battant les jarrets.

Dieu est juste, il a tout réparti avec sagesse, et bien insensés sont ceux qui voudraient se mêler de refaire son œuvre. Il est bien sot de plaindre inconsidérément les ignorants et les simples. Il se rencontre souvent plus de contentement sous de grossiers vêtements que sous de riches habits. Cette sensiblerie, qui fait plaindre les travailleurs, et qui est de mode, est à la fois dangereuse et absurde. Qu’on s’occupe d’améliorer leur sort en ce qu’il a d’incertain et de douloureux : que le progrès leur apporte une aisance relative ; que des maisons de charité s’ouvrent pour les vieillards, les infirmes, les orphelins, les souffrants ; que la misère, la hideuse misère, ne franchise jamais le seuil de l’ouvrier de bonne volonté : rien n’est plus juste, rien ne peut être plus ardemment souhaité. Mais plaindre le pauvre c’est une maladresse. Ceux qui discourent sur les malheurs du peuple ne l’ont jamais vu de près, j’entends le peuple travailleur et chrétien ; ceux-là, en lui ôtant l’amour du travail et les croyances religieuses, remplacent la satisfaction par l’envie, la résignation par le désespoir et le rendent véritablement malheureux. Avec sa foi et son énergie, ce peuple accepte l’existence telle qu’elle lui a été faite. La religion est la vie de son âme, les affections de famille la vie de son cœur. Au-delà où se trouve le bonheur ? Les pauvres souffrent comme les autres, c’est certain ; mais qu’un chagrin les prennent au cœur, la nécessité est là qui les pousse au travail, et le travail, c’est le remède. Ils ne connaissent pas le tête-à-tête avec la douleur, et quand l’angoisse et l’inquiétude, ces terribles hôtesses de toute l’âme humaine, entrent dans leurs âmes, elles n’y rencontrent qu’une sensibilité à demi éveillée sur laquelle leur action ne saurait exercer de profonds ravages. »

Zénaïde Fleuriot, et les pays étrangers :

L’Inde (extrait de « Loyauté » page 6) : « Moi partir pour l’Inde ! Mais j’entends déjà les serpents qui, dressés sur leurs queues, sifflent à mes oreilles ! Et les tigres et les panthères et mêmes les éléphants ! Je sais bien que tout cela ne paraît pas à table d’hôte et que les rues dans les Indes n’ont rien de commun avec les couloirs étroits et peu odorants des ménageries que j’ai visitées. Mais enfin je n’aime pas ces bêtes-là.

Il m’est aussi revenu des histoires de cipayes, qui m’ont laissé un souvenir frissonnant ; puis on dit que les maisons sont à jour, ce qui n’empêche pas d’y étouffer ; on dit que se baisser pour ramasser son éventail fait ruisseler la sueur du front. »

Extrait de « L’héritier de Kerguignon » (1883) : à propos des habitants des colonies « ce n’est pas parmi ces peuples bizarres que tu as laissé ton cœur, n’est-ce-pas ? »

Ses rapports avec le dimanche :

Extrait de « Marga » (1872) page 29 : « … ils s’en allaient béchiller leur blé le dimanche, ce qui n’a jamais porté bonheur »

Extrait de « Sous le joug » page 32 : à propos d’un bar apporté par un pêcheur « Marie-Sainte affirme que mon frère ne voudra pas d’un poisson pêché le dimanche »

Extrait de « Ce pauvre vieux » page 82 : « Il y a donc, en cette pauvre vallée de misère, un jour où tout le monde reste chez soi, un jour où bureaux, ateliers, écoles, boutiques, chantiers, sont fermés à triple tour. Le bon peuple chrétien s’en donne. Les familles sortent au complet toute la journée. Voici des ouvriers qui se font la barbe pour aller à la grand’messe ; des mères joyeuses qui parent des enfants d’une gaieté folle ; c’est un amical va-et-vient d’une maison à l’autre, et dans l’air il y a un gai bavardage de cloches à égayer l’être le plus morose. Tous les carillons, les clochettes au timbre argentin, le bourdon retentissant de l’église paroissiale, mêlent leur voix aérienne, sonnent à toute volée, et chantent à l’oreille de tous : « C’est dimanche, c’est dimanche ! »

Sa vision des bretons :

« Tous les mauvais romans, dont le peuple s’est librement nourri, sont bien pour quelque chose dans son goût actuel pour le picrate de potasse »

Extrait de « la Rustaude » (page 96 des éditions Hachette 1937) :

« On l’a dit plus d’une fois, le peuple breton serait un peuple parfait, s’il était plus sobre et plus propre. Ses penchants à l’ivrognerie ne peuvent être niés ; néanmoins, c’est une ivrognerie intermittente ; à part deux ou trois vauriens dont l’auberge est devenue un refuge, chaque paroisse ne contient que des laboureurs qui restent chez eux six jours sur sept. Ils n’ont point de ces spectacles excitants d’où naît l’ivrognerie des villes, c’est-à-dire l’ivresse quotidienne à dose plus ou moins forte. Aussi, même celui qui, à chaque foire et même chaque marché, laisse un peu de raison au fond de sa chopine, n’atteint jamais la somme de dépenses faites par l’ouvrier qui aime à boire ».

Les jaloux, les envieux,… :

Extrait de « Sous le joug » : « … cette hideuse coupe de l’envie à laquelle s’abreuve la génération actuelle, … » … « Mr Thiers … mettait à la mode les idées égalitaires qui sont un baume pour les cœurs jaloux. »

Les alcooliques :

Dans la plupart de ses romans, ses personnages rencontrent fréquemment des alcooliques. Il faut dire qu’à l’époque, l’alcoolisme était monnaie courante en Bretagne. Voici quelques extraits relevés parmi tant d’autres :

Extrait de « la Rustaude » elle parle de l’ivrognerie des Bretons.

Extrait de « Cadok », à propos du comportement d’un personnage : « … un tableau des méfaits de l’ivrognerie ».

Extrait de « Au Galadoc » (1887) page 206 : à propos de Blaise « … grand cœur mais sensible à l’alcool. Elle (sa future femme) fera bien d’exiger de lui le serment de ne plus boire de ces boissons empoisonnées qui font plus que troubler la cervelle et transforment le plus honnête homme du monde en assassin… Le jour où (le gouvernement) promulguerait des lois sévères contre les empoisonneurs patentés, il rendrait un fameux service à l’humanité en général et à la France en particulier

Zénaïde Fleuriot et la médecine :

Extrait du « Petit Chef de Famille » (pages 206 à 211) :

« - Maman est malade, dit la petite fille, elle nous écrit qu’il faut prier le bon Dieu de la guérir ; Raoul et Marthe veulent dire trois Pater et trois Ave tous les soirs ; moi je suis fâchée avec le bon Dieu, à genoux, les mains jointes, il guérirait Maman.

-Oh ! que ma pauvre Lotte est sotte, dit en riant M. Daubry, de croire tout cela, et de se fâcher avec le bon Dieu, qui vit seul puissant, et qui a seul, dans ses mains, la vie et la mort !

-

-Lui seul, il est le créateur ; les autres sont des créatures.

-

-et les créatures ne peuvent pas guérir les autres ?

-

-Lui tout seul, et il n’a pas d’adresse, et on ne peut pas lui écrire, et on ne peut pas le voir. … il écoute et même il a l’oreille fine …»

Zénaïde Fleuriot et les athées :

Extrait de « Marga » (1872) page 104 : « La vieillesse, cet enfer des incroyants, devient pour certains croyants ce qu’elle devrait être pour tous : le vestibule du ciel ».

Extrait de « Faraude » (1882) page 12 : « Tous ces êtres misérables qui essayent de jeter le mépris sur l’Eglise de Dieu, tous ces défroqués, ont été presque tous élevés par la charité de l’Eglise ».

Zénaïde Fleuriot et les hommes d’église :

Extrait du « Clan des têtes chaudes » page 192 : « … qu’est-ce qui est mieux qu’un prêtre, qui un homme sage et détaché des biens du monde ? … »

Extrait de « Faraude » (1882) page 33 : « Seigneur, que c’est beau un prêtre, la nuit de Noël ».

Zénaïde Fleuriot et Dieu :

Extrait de « Caline » page 3, à propos d’un éventuel accueil d’une orpheline Pascaline :

« …Leur cercle de relations est composé de gens qui ont leurs goûts et leurs travers : il s’agit de bien se capitonner dans son cœur, et puisque Dieu ne leur a pas donné d’enfants, Dieu sait très bien ce qu’il fait ; il ne faut jamais s’embarrasser ni s’occuper des enfants des autres. »

Zénaïde Fleuriot et la vie :

Extrait de « Ce pauvre vieux » page 201 « La vie est une lutte, la vie est une série d’épreuves, la vie est un exil, il y a dans la vie des heures d’agonie »

L’arrachement à la terre natale :

Extrait de la « Rustaude » (1880) et de « Feu et Flamme » (1885), ont y rencontre des femmes maladives arrachées à leur terre qui ont perdu leur mari et leur enfant et qui n’ont qu’une seule envie, retourner mourir au pays.

Extrait de « Sous le joug » (1883) page 64 : « Vous me répondrez peut-être par le proverbe : Où la chèvre est attachée il faut qu’elle broute ».